Il y a des choses qu'on ne peut faire ou dire qu'à force de bassesse d'âme, de vie haineuse ou de vengeance contre la vie.
Un portrait de Foucault
Foucault invoque toujours la poussière ou le murmure d'un combat, et la pensée elle-même lui apparaît comme une machine de guerre. C'est que, dès qu'on fait un pas hors de ce qui a été déja pensé, dès qu'on s'aventure en dehors du reconnaissable et du rassurant, dès qu'il faut inventer de nouveaux concepts pour des terres inconnues, les méthodes et les morales tombent, et penser devient, suivant une formule de Foucault, un "acte périlleux", une violence qu'on exerce d'abord sur soi-même. Les objections qu'on vous fait ou même les questions qu'on vous pose viennent toujours du rivage, et ce sont comme des bouées qu'on vous lance, mais pour vous assommer et vous empêcher d'avancer plutôt que pour vous aider: les objections viennent toujours des médiocres et des paresseux; Foucault l'a su plus que tout autre.
Il arrive souvent une aventure aux grands écrivains: on les felicité d'un livre, on admire ce livre, mais eux ne sont pas contents, parce qu'ils savent combien ils sont encore loin de ce qu'ils voudraient, de ce qu'ils cherchent, et dont ils n'ont encore qu'une idée obscure. C'est pourquoi ils ont si peu de temps à perdre dans les polémiques, dans les objections, dans les discussions.
On parle, on voit, on meurt. Oui, il y a des sujets: ce sont des grains dansants dans la poussière du visible, et des places mobiles dans un murmure anonyme.
